Ça passe ou ça casse pour Lansdowne

on .

Le projet devant la Cour supérieure de l'Ontario, mardi prochain

François Pierre Dufault, Le Droit

Les vieux gradins du « south side » du stade Frank-Clair sont toujours debout, près d'un an après que le projet de revitalisation du parc Lansdowne eut reçu l'approbation du conseil municipal d'Ottawa. Et ils ne tomberont pas tant que la Cour supérieure de l'Ontario n'aura pas décidé de la légalité du partenariat public-privé évalué à près de 300 millions $.

Le combat entre la Ville d'Ottawa et les opposants au nouveau Lansdowne entrera dans son dernier round, la semaine prochaine, lorsque le tribunal provincial entendra la cause. Trois jours d'audiences sont prévus à compter de mardi. Une décision est attendue, au plus tôt, à la mi-juillet. La Cour peut soit cautionner le projet, soit l'invalider et forcer la Ville à tout recommencer.

L'automne dernier, une coalition ad hoc appelée les Amis de Lansdowne a intenté une poursuite contre la Ville. Ses membres jugent que l'administration municipale a agi illégalement en s'associant avec un partenaire privé, l'Ottawa Sports & Entertainment Group (OSEG), sans que son projet de revitalisation du parc Lansdowne n'ait fait l'objet d'un appel d'offres.

De son côté, la Ville se défend que le projet était non sollicité. Elle ne peut toutefois pas nier qu'elle cherchait depuis une quinzaine d'années à donner un nouveau souffle à son parc urbain de la rue Bank. Et lorsque l'OSEG l'a approchée avec une première ébauche de son projet, en 2008, elle a délibérément interrompu un concours international de design qu'elle avait lancé quelques mois plus tôt.

« Nous n'avons pas intenté cette poursuite de façon irréfléchie. Nous l'avons fait parce que nous sommes convaincus à 100 % que la Ville d'Ottawa a agi illégalement », insiste le professeur Ian Lee, de l'école de gestion de l'Université Carleton.

Un projet qui divise

L'appui au nouveau Lansdowne n'a jamais été unanime, même chez les élus qui siégeaient au conseil municipal d'Ottawa au moment du vote final sur l'entente avec l'OSEG, le 29 juin 2010. N'ayant pu rallier que huit de ses 23 collègues, l'ex-conseiller Clive Doucet a décidé de poursuivre sa bataille en se lançant dans la course à la mairie, récoltant une troisième place et 15 % des voix aux élections municipales du 25 octobre.

Près d'une quinzaine d'associations communautaires opposées au nouveau Lansdowne ont aussi tenté de freiner le projet devant la Commission des affaires municipales de l'Ontario (CAMO). Ils ont voulu y faire invalider un changement de zonage essentiel au projet de revitalisation. Seulement trois groupes ont mené la charge jusqu'au bout. Le tribunal administratif a rejeté leurs requêtes, plus tôt cette semaine.

Il n'y a donc plus que la poursuite des Amis de Lansdowne qui puisse faire échouer le partenariat de 300 millions $. La décision du juge Charles Hackland aura des conséquences directes sur les chances qu'Ottawa retrouve une équipe de la Ligue canadienne de football (LCF) et sur ses chances d'accueillir des matches des championnats du monde féminin et féminin junior de soccer, respectivement en 2015 et 2014.

« Notre poursuite n'a rien à voir avec le parc ni avec le football. C'est la transparence de l'administration municipale que nous remettons en question. Est-ce que nos élus sont au-dessus des lois municipales ou non ? Si la Cour nous donne raison, cette cause pourrait faire jurisprudence », croit M. Lee.

La Ville d'Ottawa prévoit dépenser 130 millions $ pour rénover le stade Frank-Clair de fond en comble et environ 30 millions $ pour doter le parc urbain d'un nouvel aménagement paysager. De son côté, l'OSEG se chargerait d'y ramener une équipe de la LCF et retiendrait une partie du site pour y construire des espaces commerciaux et des condominiums.

Ottawa cherche à réintégrer le circuit de la LCF depuis la déconfiture des Renegades, qui n'ont joué que trois saisons au stade Frank-Clair au début des années 2000. Avant eux, les Rough Riders ont plié bagage en 1996.

Dans une note de service dont LeDroit a obtenu copie, cette semaine, le directeur municipal Kent Kirkpatrick écrit que la Ville demeure confiante quant à sa position. Elle refuse toutefois de commenter davantage, « d'abord parce que ce ne serait pas approprié, ensuite parce qu'elle ne voudrait pas qu'on l'accuse de vouloir influencer la décision de la Cour par le biais des médias ».

Tout dépendant de l'issue du procès, le conseiller municipal David Chernushenko dit qu'il travaillera avec la Ville, l'OSEG et les opposants au nouveau Lansdowne « pour rendre le projet le plus acceptable possible au plus grand nombre possible de résidents ».